Bulletin n° 13 - décembre 2014

 


Les anglicismes dans le monde des affaires - note de recherche terminologique

Maya AIT-HAMOU, Laure BONNEFOI, Coralie KWOK (étudiants de l'ISIT)


Introduction

Avec la mondialisation, la société évolue et le langage suit la même tendance. Aujourd’hui, toutes les sociétés sont amenées à changer dans leurs structures sociales, démographiques ou encore ethniques. Cette internationalisation des échanges contraint les différents pays du monde à recourir à l’anglais y compris dans leur propre pays, ce qui n’est pas sans laisser de traces sur leurs langues nationales. Ainsi, la France n’a pas échappé à cette tendance et doit faire face à une montée en puissance de la langue anglo-saxonne qui s’est peu à peu imposée comme première langue de communication internationale dans différents domaines tels que le commerce, les sciences ou encore l’informatique. C’est ainsi qu’il nous a paru intéressant d’étudier l’utilisation des termes d'emprunt dans le monde des affaires, au sein de la langue française.
En premier lieu, il s’agira de donner une définition et un état des lieux, puis dans un second temps, d'effectuer une recherche empirique grâce à l’étude d’un corpus et une extraction terminologique des anglicismes utilisés dans celui-ci. Enfin, la troisième partie étudiera les termes retenus et tentera d’expliquer ce phénomène, à l’aide d’une réflexion critique.


Définition et état des lieux

Qu’est-ce qu’un emprunt linguistique ?

Le phénomène de l’emprunt est la résultante du processus d’un contact de langues, car il s’agit de l’utilisation d’une unité ou d’un trait d’une autre langue.
On parle d’emprunt linguistique lorsqu’un parler A utilise et finit par intégrer une unité ou un trait linguistique qui existait précédemment dans un parler B et que A ne possède pas ; l’unité ou le trait emprunté sont eux-mêmes appelés emprunts (Dubois et al. 1973 : 188). Cette définition vient préciser celle de Labatut (1983 : 41) selon lequel, pour identifier un emprunt, il faut comparer deux lexèmes de deux langues différentes : ainsi tout lexème commun est nécessairement un emprunt. Un autre élément très important dans la définition de l’emprunt est celui de l’intégration, c’est-à-dire l’acceptation de cette unité ou de ce trait linguistique étranger dans le moule de la langue qui emprunte : « L’emprunt est un élément d’une langue intégré au système linguistique d’une autre langue » (Hamers et Blanc 1983 : 451).
Toutefois, l’emprunt doit s’intégrer non seulement dans la structure de la langue, mais aussi dans l’usage des locuteurs, et c’est à juste titre que Baylon constate que « la linguistique vise à comprendre la vie sociale, à travers une étude des principes qui régissent la communication verbale » (Baylon 1996 : 37).
C’est aux emprunts que l’on associe généralement la notion de « franglais », et ce sont souvent les seuls faits d’interférence auxquels les non-spécialistes donnent le nom d’anglicismes. Ce sont plutôt les faits de langue que les Français considèrent comme étrangers.

Les anglicismes dans la langue française : constats généraux

Un anglicisme est un emprunt dont la langue source est l’anglais (de Grande-Bretagne ou d’Amérique, entre autres). Tout élément lexical provenant de la langue anglaise ou véhiculé par celle-ci est qualifié d’anglicisme, quel que soit le degré d’intégration ou la date d’entrée dans la langue française. En principe, cela veut dire que les mots tels que « partenaire » et « redingote », employés en français depuis le XVIIIe siècle sont des anglicismes au même titre que « skateboard » ou « e-mail », empruntés vers la fin du XXe siècle. Cependant, la distinction entre anglicismes récents et anglicismes plus anciens existe tout de même.
Il est important de ne pas confondre la langue d’origine d’un élément lexical et la langue source de l’emprunt. En effet, il arrive que l’on emprunte un emprunt. C’est le cas des mots « shampooing » et « baba » qui proviennent à l’origine del’hindi ; mais ces deux mots ont été empruntés par l’anglais qui à son tour a été la langue source de nouveaux emprunts faits par d’autres langues comme le français, par exemple. Il s’agit donc bien d’anglicismes. Inversement, il en va de même si le mot emprunté à l’anglais a une origine française.
L’origine du mot « sport », emprunté par le français à l’anglais au XIXe siècle est l’ancien français « desport » qui signifiait alors « passe-temps ». Ce mot a donc été réemprunté par le français avec une signification légèrement modifiée, mais il n’en est pas moins un anglicisme.

Les différents types d'anglicismes
Selon Maurice Pergnier (1989:19), il existe trois définitions courantes du mot anglicisme :

  1. Un mot anglais ou une tournure anglaise que l'on rencontre occasionnellement dans un énoncé en français ; cette définition est cependant trop ouverte car il y existe une multitude de termes anglais qui pourraient entrer dans un énoncé français un jour ou l'autre.
  2. Un terme anglais ou influencé par l'anglais dont la fréquence d'utilisation est suffisamment élevée pour pouvoir être considéré comme étant intégré au lexique du français et donc être répertorié dans les dictionnaires et glossaires.Comme le précise Pergnier, « Qu'on le veuille ou non, cette insertion revient à entériner le mot anglais et à légitimer sa présence dans le sein de la langue française. »
  3. Un mot, une tournure ou un emploi d'un mot anglais de manière fautive à la place du mot français équivalent.

Les trois définitions ne diffèrent pas par le type de faits de langue auxquels elles s'appliquent mais par le type de jugement porté sur ces faits: ce jugement confère aux dictionnaires le rôle de légitimation ou de censure. Du point de vue linguistique, on peut classer les anglicismes en trois catégories selon que l'interférence touche le signifiant, le signifié ou la syntaxe.

Exemples concrets

Il n’est pas rare d’associer la notion d’anglicisme aux emprunts car ils attirent l’attention par leur forme étrangère. En effet, un natif français se rend rapidement compte de leur prononciation et de leur orthographe différentes de celles de la langue française.
Les Français inventent des termes dérivant de l’anglais, les écrivent selon l'orthographe anglaise mais les prononcent selon les règles de la phonétique française comme « footing » pour désigner le « jogging », « living » qui signifie meuble de séjour et « pressing » pour teinturerie. Les mots empruntés de l'anglais sont en général brefs : soit monosyllabiques comme « look », « live », « clip », « hard », « flash », « film », « spot », soit bisyllabiques comme « living », « sponsor », « charter ». Les Français ont également tendance à raccourcir ou à couper les expressions anglaises comme : « parking » pour « parking lot », « camping » pour « camping ground », « flash » pour « flash light » et « self » pour « self-service restaurant ».
Ils changent aussi le sens et l'emploi de l'expression empruntée. Par exemple, le terme anglais « square » a une acception proche de « place » en français ; il a été emprunté par le français pour désigner une sorte de petit jardin. En réalité les Français ne retiennent qu'une seule acception du mot anglais, le réduisant à la monosémie ; ainsi « square » perd le sens strict de « carré ». Nous faisons le même constat avec le mot « star » qui est entré dans la langue courante française et qui est plus connu sous l’expression « star de cinéma » et non pas étoile. Nous pouvons constater que beaucoup de termes anglais sont pris selon leurs acceptions spécifiques plutôt que générales car il s’agit tout d’abord d’emprunter un concept puis sa dénomination dans la langue d’origine. L’emploi est donc limité au concept et à lui seul.


Mise en application : recherche empirique

Afin d’illustrer et de mettre en application cette première partie, nous avons décidé de mener une étude empirique sur la terminologie actuellement utilisée dans le monde des affaires, par l’étude d’un échantillon d’offres d’emploi dans le domaine des affaires.
Le but de cette étude est de repérer les emprunts anglo-saxons (ou anglicismes) dans le domaine des affaires, puis de vérifier l’hypothèse selon laquelle ils seraient de plus en plus employés et feraient désormais partie de la langue courante, privilégiés aux néologismes « officiels » faiblement utilisés. En effet, le monde des affaires est marqué par son caractère international et donc la présence massive d’anglicismes car l’anglais est la langue principalement utilisée dans ce domaine.

Présentation du corpus

Sélection du corpus
Nous avons choisi d’étudier un échantillon d’offres d’emploi dans le cadre de ce projet de recherche. Les offres d’emploi sont des textes qui constituent un terrain d’observation privilégié, car elles couvrent de nombreux secteurs du monde des affaires et sont régulièrement mises à jour, nous permettant donc d’avoir un corpus de textes récent.
Nous avons sélectionné un corpus réunissant des offres d’emploi du site internet Cadremploi.fr, premier site emploi pour les cadres et les dirigeants en France.
Nous n’avions pas de critères particuliers de sélection des offres d’emploi et avons choisi une liste des vingt offres les plus récentes à la date de la constitution du corpus (mardi 18 février). Ce petit échantillon représente un corpus de plus de 10 000 termes, seuil minimal que nous avons fixé pour cette étude.

Présentation de la méthodologie

L’étude de ce corpus implique l’utilisation d’un outil d’extraction terminologique. Nous avons utilisé l’outil Sketch Engine, un concordancier terminologique disponible en ligne.

Extraction terminologique
Étant donné la petite taille du corpus, nous avons fixé le seuil de fréquence minimal d’apparition d’un terme à 5 car l’essentiel était d’effectuer un constat sur l’utilisation des termes d’emprunt anglo-saxons. Nous avons demandé à Sketch Engine de nous fournir une liste des 50 termes les plus utilisés :

anglicismes 1

D’après la liste, parmi les 50 termes apparaissant le plus fréquemment dans notre corpus, six sont des emprunts anglo-saxons : business, analyst, management, manager, marketing, reporting, soit plus d’un terme sur dix (12%).

Étude des emprunts anglo-saxons vs néologismes français

Nous souhaitions ensuite vérifier l’hypothèse selon laquelle les néologismes officiels proposés par les commissions de terminologie ou les institutions de normalisation de la langue étaient rarement employés.
Nous avons pour cela pris l’exemple de marketing, dont l’équivalent français, mercatique, est recommandé par l’Académie française, qui en donne la définition suivante[1] :

    • MERCATIQUE n. f. {XXe siècle. Dérivé savant du latin mercatus, « commerce ; marché », pour traduire l’anglais marketing.} ÉCON. Ensemble des techniques et des actions grâce auxquelles une entreprise développe la vente de ses produits, de ses services, en adaptant sa production aux besoins du consommateur. Étude de mercatique. Doit être préféré à Marketing.


Le site Cadremploi.fr offre en effet la possibilité de recherche par mots-clés. Lorsque nous avons entré « mercatique » dans la barre de recherche, le serveur nous a répondu : « Aucune offre ne correspond aux critères que vous avez saisis ».
Au contraire, en tapant « marketing » dans la barre de recherche, nous avons obtenu 1204 offres d’emploi, prouvant que l’emprunt anglo-saxon est largement utilisé et répandu mais surtout qu’il est privilégié à son équivalent français.


Étude des résultats et réflexion

Les résultats

Après avoir compilé le corpus d’offres d’emploi, nous avons établi une liste des anglicismes les plus fréquents repérés. Ces anglicismes sont les suivants : « business » (54), « analyst » (20), « management » (22), « manager » (10), « marketing » (13), « reporting » (8). Les chiffres indiquent le nombre d’entrées pour chacun de ces anglicismes. Nous pouvons déjà nous rendre compte de la forte amplitude de ces occurrences, s’échelonnant de 54 à 8 sur un corpus de 10 000 mots, le terme « business » représentant à lui seul presque 50% des anglicismes. En revanche, il nous a paru surprenant que le terme « marketing », faisant partie intégrante de notre langue comme vu précédemment, ne comptabilise que 13 entrées, soit moins que le terme « analyst », pourtant moins fréquemment entendu.
Au vu de ces résultats, une question nous est immédiatement venue à l’esprit : les anglicismes sont-ils si courants dans notre langue que ce que l’on nous laisse croire ? En effet, l’emploi fréquent d’anglicismes et de termes d’emprunt est couramment dénoncé dans les médias, et ce depuis les années soixante et la parution de l’ouvrage Parlez-vous franglais ? de René Etiemble. Pourtant, nous ne pouvons que constater à l’aide de notre corpus que ces termes d’emprunt sont loin d’envahir le milieu des affaires, pourtant propice aux anglicismes. Il s’agit de surcroît de ne pas oublier que la langue des affaires est la langue de spécialité ayant été le plus influencée par l’anglais, l’anglais étant la langue officielle de toutes les multinationales. On ne peut donc que se réjouir de ce nombre d’occurrences et noter la capacité de la langue française à résister au « déferlement » d’anglicismes souvent dénoncé dans les médias.

Exemples concrets

Il nous a alors paru intéressant de poursuivre notre réflexion en effectuant une recherche manuelle dans le corpus afin voir si les pendants français de ces termes étaient couramment employés. Le but était de voir si, comme pour le terme « marketing » détaillé plus haut, les équivalents des autres anglicismes repérés étaient également employés.
Nous nous sommes alors intéressées à chacun de ces anglicismes repérés dans le corpus afin de comprendre pourquoi le français privilégie ces termes anglo-saxons.

anglicismes 2

Intéressons-nous de plus près aux termes « Business », « Analyst » et « Manager ».

Business
Selon le dictionnaire de l’Académie française, « business » est un anglicisme très ancien que l’on employait déjà en 1884 dans La Rue à Londres de Jules Vallès. Ce terme signifie « affaires commerciales ». Ce mot est couramment employé en France depuis les années cinquante et l’emploi du mot « showbusiness » qui accole les mots anglo-saxons « show » et « business ». Depuis, ce type de construction ne cesse de se répandre et s’étendre à d’autres domaines. On parle ainsi de « sport business », « charité business » etc. En français, il convient d’employer plutôt les mots « affaires commerciales » ou « marchandisation ».

Analyst
Selon le dictionnaire Larousse, un « analyst » est une  « personne qui, dans une banque, une entreprise, un organisme économique, sélectionne des placements, des projets d'investissement, effectue des études de rentabilité. »
L’anglicisme « analyst » est très fréquemment employé dans le monde des affaires, de par, notamment, sa similitude avec la langue française. Toutefois, selon l’Académie française, il convient d’employer le mot « analyste ».

Manager
Selon le dictionnaire Larousse, un « manager » est la « personne qui « organise, dirige une affaire ». En revanche, René Etiemble, dans Parlez-vous franglais ? explique que le mot « manager » vient du français « ménager » qui signifie « gérer des affaires, un budget, etc. » Il s’agit là d’une remarque particulièrement intéressante puisque l’anglicisme « manager », très fréquemment employé et répandu dans le monde des affaires (cf. tableau ci-dessus) vient en fait d’un mot français. Pourquoi alors ne pas privilégier le terme français ? D’autant que l’Académie française préconise l’emploi des mots « Gestionnaire » ou « Chef d’entreprise » selon les cas.
C’est probablement l’exemple des termes d’emprunt « management » et « manager » qui sont les plus parlants et qui témoignent de l’influence de l’anglais dans la langue des affaires françaises. Influence telle que l’on emploie des mots anglo-saxons qui ont pourtant une origine bien française. Rappelons que l’ISIT propose même un Master « Management Interculturel » à ses étudiants alors que ce même master aurait pu s’intituler « Gestion interculturelle des entreprises ».
Nous précisons, que lorsque nous avons entré les équivalents français de ces termes dans la barre de recherche du site d’offres d’emploi, aucune offre n’est apparue.

Quels facteurs explicatifs ?

Le décalage dans le temps de la traduction du terme
Selon Jean Soubrier, dans Néologismes et termes d’emprunt dans le français des affaires, l’une des raisons pour lesquelles ces termes d’emprunt sont fréquemment employés dans la langue des affaires est la « traduction tardive » de ces termes. Il existe en effet un décalage entre le moment où le terme anglo-saxon apparaît est le moment où la traduction française de ce terme est proposée.
Reprenons l’exemple du terme « mercatique » dont l’Académie française préconise l’emploi pour parler de « marketing ». Les premières apparitions de ce terme datent de 1950. Il faut toutefois attendre 1973, soit vingt-trois ans plus tard, pour qu’une traduction soit proposée. Le terme « mercatique » n’est rendu obligatoire qu’en 1987. Pourtant, il demeure encore inconnu d’un large public et n’est quasiment pas employé dans le monde des affaires. A cela s’ajoute l’évolution rapide des technologies : un nouveau mot est immédiatement repris sur internet ou dans les médias et la traduction officielle intervient beaucoup trop tard, à un moment où tout le monde s’est déjà approprié ce nouveau terme et où l’emploi de l’anglicisme en question est répandu. C’est d’ailleurs ce qu’écrit Claude Hagège en 1897 dans Le français et les siècles. Il explique en effet que « le rythme des apports étrangers, accrédités par les médias, est aujourd'hui trop fébrile pour laisser place aux créations lexicales qui arrivent longtemps après la chose ». Le terminologue est donc dépassé par les médias.

Les « traductions multiples »
Autre facteur explicatif de ce phénomène : les différentes traductions proposées pour un seul terme. Il arrive parfois que, se rendant compte que la première traduction proposée pour un terme d’emprunt est erronée, les commissions de terminologues se réunissent pour proposer une nouvelle traduction. Cette démarche, tout aussi légitime soit-elle, induit en erreur les locuteurs français qui, alors que plusieurs traductions entrent en concurrence, choisira souvent le terme anglo-saxon.
Par exemple, « design » a longtemps été traduit par « esthétique industrielle » avant que ne soit fixée une nouvelle traduction en 1983 (« stylique »). Pourtant, l’usage de « design » est largement répandu en France alors que « stylique » demeure encore inconnu d’un large public.

La longueur du français
Il s’agit également de ne pas oublier que le français est une langue plus « longue » que l’anglais. Il n’est donc pas rare que la traduction d’un paragraphe en anglais fasse en réalité plus du double en français (un texte français est généralement 20% plus long qu’un texte anglais). Aussi, la traduction de « reporting » par « mercatique après-vente » est problématique. Dans le monde des affaires, il s’agit de fonctionner le plus rapidement possible, sans perte de temps. Or, il est indéniable qu’écrire ou même dire « mercatique après-vente » est beaucoup plus contraignant que son équivalent anglo-saxon. De même, un interlocuteur privilégiera « briefing » à « réunion préparatoire » ou « phoning » à « démarchage téléphonique ».

L’anglais : langue officielle des affaires
Depuis le début du XXe siècle, l’anglais prédomine sur la scène internationale. Au cours de la deuxième moitié de ce siècle, la domination économique et politique des États-Unis fait de leur langue la première langue de communication dans les organisations internationales telles que l’ONU. Dans le monde des affaires, c’est également l’anglais qui domine, ce qui explique pourquoi l’on retrouve un certain nombre de termes d’emprunt dans ce domaine.
Il faut toutefois veiller à ne pas faire de généralités. Si la domination de l’anglais est certaine et s’il est clair que l’on retrouve des termes d’emprunt en français, comme vu précédemment, le corpus représentatif que nous avons élaboré montre toutefois les capacités du français à résister aux anglicismes dans la langue des affaires. Les termes repérés dans le corpus sont les termes les plus répandus, ce qui explique leur emploi.
Ainsi, si certains interlocuteurs emploient toujours les néologismes ou anglicismes « updater », « asap », « reminder » ou encore « deadline », leurs équivalents respectifs « mettre à jour », « dès que possible », « rappel » et « délai » sont couramment entendus et employés dans le monde des affaires en France.


Conclusion

Ainsi, nous pouvons en conclure que l’emploi de termes d’emprunt est bien une réalité dans le monde des affaires dont les acteurs sont plutôt réticents à l’idée de devoir traduire ces termes. Toutefois, les termes d’emprunt sont en général des termes clés très répandus en France et dans le monde, tel que « marketing » ou encore « manager ».
La langue des affaires évoluant au gré des technologies, il n’est pas rare de voir apparaître beaucoup de nouveaux termes n’ayant pas encore de traduction officielle. C’est ce qui explique en partie le choix du locuteur de se référer au terme anglo-saxon.
Par ailleurs, on note une réelle volonté dénominative de la part de l’Académie française qui, dans un effort de lutte contre l’usage abusif d’anglicismes, peut proposer des traductions légèrement restreintes d’un terme.
Quoi qu’il en soit, le problème de la traduction différée d’un terme d’emprunt reste d’actualité et force est de constater que les efforts de l’Académie française ne parviennent pas toujours à pallier ce manque.



Sources utilisées

Ressources en ligne

Site de Cadremploi, consulté en février 2014, [http://www.cadremploi.fr/]

Site de l’Académie française, consulté en février 2014, [http://www.academie-francaise.fr/]

Wolfgang Teubert, La linguistique de corpus : une alternative, Semen, mis en ligne le 10 décembre 2010, [http://semen.revues.org/8923]

Soubrier Jean, Néologismes et termes d’emprunt dans le français des affaires, consulté en février 2014 [http://www.bibliotheque.auf.org/doc_num.php?explnum_id=803]

Les emprunts linguistiques, Marie-Dominique Gaviard Dunand, [http://www.encuentrojournal.org/textos/04_Gaviard.pdf]

Ouvrages

Etiemble, R., Parlez-vous franglais ?, Folio Actuel, 1964

Pergnier, M., Les anglicismes. Danger ou enrichissement pour la langue française ?, Paris : Presses universitaires de France, 1990

Deroy, L., L’emprunt linguistique, Les Belles Lettres, 1956

Soubrier, J., Néologismes et termes d’emprunt dans la langue des affaires, Éditions AUPELF-UREF, 1998



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