Bulletin n° 12 - mai 2014

 


La pédagogie de l’interprétation à l’ISIT

Sarah Bordes


The 9th National Conference and International Forum on Interpreting : “Interpreter Education in the Age of Globalization
Exploring Modes of Interpreter Training


Depuis sa création en 1957, l’ISIT a choisi d’ancrer sa formation en interprétation de conférence dans la réalité professionnelle, en faisant exclusivement appel à des interprètes de conférence en exercice dans le cadre des enseignements liés au cœur du métier. Au fil des années, la formation a évolué, s’est structurée et étoffée, notamment en multipliant les interactions entre la formation et la recherche. Elle ne s’est néanmoins jamais départie de son approche pragmatique et professionnalisante, essentielle à la formation d’interprètes de qualité.

L’absence de théorisation de ces pratiques a conduit nos équipes de recherche à porter un regard (semi-) extérieur sur cette formation et à l’analyser. De ce besoin d’analyse et de formalisation est né un Projet de Recherche Appliquée (PRA), confié à trois étudiantes de Master en Communication interculturelle et traduction, sous la direction d’un enseignant-chercheur de l’ISIT. Elles se sont attachées à dégager les spécificités pédagogiques qui constituent le socle et la renommée de la formation en interprétation de conférence à l’ISIT, tout en les soumettant à une analyse critique.

Ces travaux s’insèrent dans la politique de l’ISIT qui vise à promouvoir la traductologie comme un acteur incontournable de la recherche en sciences humaines. C’est ainsi que l’Ecole a créé en 2006 un centre de recherche, le CRATIL (Centre de recherche appliquée sur la Traduction, l’Interprétation et Le Langage) doté d’un conseil scientifique et d’un conseil des publications. La recherche y est organisée en groupes de recherche dirigés par des enseignants chercheurs au nombre de 28. L’ISIT met également en œuvre, dans le cadre de partenariats scientifiques universitaires, des projets de recherche collaboratifs et d’échange d’enseignants chercheurs. Ces conventions de recherche permettant la co-direction de thèse et l’accès des diplômés de l’ISIT à des écoles doctorales : 5 en France et 4 à l’international. L’ensemble est coordonné par un directeur de recherche, HDR, le professeur Jean-René Ladmiral.

I - Les PRA à l’ISIT

Les Projets de Recherche Appliquée à l’ISIT ont une double finalité : confronter les étudiants à une situation professionnelle, mais également s’interroger sur des problématiques de recherche innovantes afin de faire évoluer la pédagogie ainsi que le contenu des enseignements. Il s’agit là d’une spécificité de l’école.

Dans la pratique, un groupe d’étudiants en Master réalise un projet en réponse à une commande d’une entreprise ou d’une organisation. Ils sont encadrés par un tuteur de l’ISIT et ont un référent entreprise qui les accompagnent en vue de délivrer un travail rigoureux, pragmatique et exploitable par le commanditaire.

Les avantages consistent, pour l’entreprise ou l’organisation, à bénéficier d’un regard neuf sur une problématique actuelle, exploiter un nouveau domaine qu’elle n’a pas le temps d’aborder en interne ou faire connaître ses valeurs et sa culture. Quant aux étudiants, ils s’approprient et appliquent ce faisant les enseignements suivis à l’ISIT. Ils s’initient à la recherche appliquée, se familiarisent avec le travail en mode projet et apprennent à travailler en groupe de façon autonome, responsable et constructive.

Les PRA sont obligatoires en Master 1 et en Master 2, sauf dans le programme interprétation de conférence. Il s’agit en Master 1 d’une première initiation à la recherche appliquée et à la professionnalisation. La dimension recherche est privilégiée en Master 2.[1]

II - Le PRA Pédagogie de l’interprétation 2011 - 2012

Ce projet de recherche empirique a pour objet de mener une enquête de terrain sur la pédagogie de l’interprétation à l’ISIT. Il s’agit de réaliser un audit des méthodes d’enseignement pratiquées afin de mettre à jour les spécificités pédagogiques de l’ISIT en termes d’enseignement, de modélisation et de transmission des savoir-faire en interprétation.

Le projet, d’une durée totale de 2 ans, fera l’objet d’une publication finale sur la pédagogie de l’interprétation de conférence à l’ISIT. Le présent article porte sur la première phase de 6 mois (décembre 2011 – mai 2012) qui a bénéficié, pour ressources humaines, de trois étudiants de Master 1 CIT (Communication Interculturelle et Traduction) de l’ISIT et d’un enseignant-encadrant  et, pour ressources matérielles , de l’accès aux documents pédagogiques du programme interprétation de conférence, de l’accès aux différents cours d’interprétation, conférences et séminaires du programme, de l’accès aux entraînements (auto-formation) des étudiants, ainsi que de la mise en relation avec les équipes pédagogiques de l’ISIT.

Il a comporté plusieurs phases :

Une première phase de familiarisation avec le domaine étudié, à savoir l’interprétation, les fondamentaux de la pédagogie et de la recherche en la matière (constitution de fiches de lecture d’ouvrages de référence, notamment Regards sur la recherche en interprétation de conférence[2] et La recherche sur les processus traductionnels et la formation en interprétation de conférence de Daniel Gile)[3]


Vint ensuite une phase d’observation au cours de laquelle les étudiantes ont assisté à des cours de première année de Master (consécutive et traduction à vue), cours méthodologiques, puis par paires de langues ; des cours de deuxième année (simultanée), des conférences et des séminaires qui ont permis de faire le lien entre la théorie apparue parfois de manière abstraite au cours de la phase de lecture et les cours observés ; et enfin, des entraînements afin de voir dans quelle mesure la méthodologie enseignée était appliquée (techniques mises en œuvre, feedback constructif…) et de mieux comprendre la relation entre étudiants. Cette phase devait se terminer par l’observation d’interprètes professionnels en conférence qui n’a pu se faire pour des questions de calendrier.

Les données brutes recueillies pendant la phase d’observation furent ensuite organisées et les hypothèses émises furent vérifiées auprès des enseignants et des étudiants par le biais de questionnaires, complétés, le cas échéant, par des entretiens. C’est la méthodologie de recueil d’informations et constitution de questionnaires de Jean-Marie de Ketele et Xavier Roegiers[4]qui a servi de base à l’élaboration des questionnaires. Ceux-ci ont été envoyés, après validation par la direction de l’interprétation, aux enseignants, aux étudiants et aux diplômés. Ils ont été complétés par des entretiens, notamment avec les étudiants, ceux-ci ayant rarement la voix au chapitre dans les ouvrages consacrés à la didactique de l’interprétation.

Les questionnaires comprenaient 3 grandes catégories de questions : des questions personnelles permettant de cerner le profil des personnes interrogées et donc d’éclairer leurs réponses ; des questions générales, ouvertes sur l’ISIT et l’interprétation (points positifs, à améliorer…) ; des questions plus pointues, semi-dirigées sur les spécificités de l’ISIT .

Les retours, nombreux (50% de réponses chez les étudiants, 20% chez les enseignants) et riches, ont contribué à définir les lignes directrices suivies dans la représentation du réel pédagogique à l’ISIT dans le rapport final, dont les points saillants sont repris dans le présent article.

Un rapport de projet avec analyse critique et proposition d’optimisation a été soutenu devant un jury constitué par le tuteur des étudiantes (responsable recherche), les commanditaires (la directrice et la responsable pédagogique du programme interprétation de conférence) ainsi que la responsable du programme communication et interculturelle et traduction de l’ISIT.

Le présent article permet d’entrer plus avant dans le détail de ces résultats et de présenter les suites qui lui ont d’ores et déjà été données.

III - Les Résultats

Après avoir procédé à un rapide tour d’horizon de l’enseignement de l’interprétation à travers le monde, le rapport s’est concentré sur la situation prévalant en Europe, caractérisé par une grande hétérogénéité concernant le statut des formations (universités/écoles), leur profil (durée, niveau d’études prérequis, qualité) et le rapport qu’elles établissent entre traduction et interprétation (formation mixte de bout en bout, formation dite en « Y » avec tronc commun puis séparation, séparation complète).

L’ISIT a le statut d’une Ecole et son programme d’interprétation de conférence en présente les caractéristiques : sélectif(fonction de filtre) et professionnalisant.

La fonction de filtre contribue à maintenir un niveau de qualification élevé et constitue un gage de qualité. Elle joue un rôle essentiel dans le sens où elle permet d’offrir un cadre de référence aux différents acteurs d’une profession non réglementée.

A l’ISIT, elle s’exerce essentiellement au moment de l’examen d’entrée (admissibilité, puis admission), mais aussi en fin de premièreannée où la maîtrise de la consécutive et de la traduction à vue est considérée comme un pré-requis à l’apprentissage de la simultanée et enfin, au moment des épreuves de fin d’études où les jurys ne diplôment que les étudiants suffisamment prêts pour s’insérer sur le marché (niveau de compétences opérationnels). A l’admission, sont testées, outre la maîtrise des langues présentées par le candidat, l’étendue de sa culture générale et sa capacité d’analyse et de synthèse.

Cette fonction de filtre participe aussi de l’orientation des (futurs) étudiants et s’accompagne à l’ISIT d’un suivi attentif par l’équipe pédagogique de chaque étudiant tout au long de la formation. Un tel suivi permet d’être à l’écoute des étudiants et de les accompagner au mieux dans leur progression, mais aussi de les aider à se réorienter, y compris au sein de l’école, en cas d’absence de progrès significatifs ou d’inadéquation entre la formation ou la profession et l’étudiant.

L’ancrage de la formation dans le monde professionnel telle que recommandée par l’AIIC (Association Internationale des Interprètes de Conférence) est caractérisé par un enseignement du cœur de métier assuré exclusivement par des enseignants – praticiens. Connaissant le métier et le marché, ceux-ci transmettent savoir-faire, mais aussi savoir-être (comment se comporter en cabine, avec les collègues, avec les clients…) et déontologie. Les enseignants sont le premier contact qu’ont les étudiants avec des interprètes professionnels. Ils sont, par leur maîtrise et leur pratique régulière des techniques enseignées, les seuls à pouvoir pratiquer une pédagogie par l’exemple : interprétation du même discours que l’étudiant et analyse des deux prestations afin d’étudier les stratégies mises en œuvre à quel moment avec quel résultat ; travail en équipe en cabine avec l’étudiant, etc. Le fait que les enseignants soient des interprètes en exercice leur confère une légitimité auprès des étudiants qui attendent et apprennent beaucoup de ce contact, enrichi par la rencontre avec des intervenants extérieurs (orateurs invités, interprètes permanents en assistance pédagogique, recruteurs qui les accueillent en stage et siègent dans les jurys de leur examen final).

Les supports utilisés en cours proviennent, notamment à partir du deuxième semestre et plus encore en deuxième année, de conférences avec interprétation : discours originaux, compte-rendu, Powerpoints, documents de séance… pourvu que ceux-ci ne soient pas confidentiels.

Le caractère professionnalisant de la formation s’exprime également à travers les stages effectués par les étudiants : en entreprise en fin de première année, en organisations internationales (cabine muette) et en situation réelle, à titre bénévole, pour des organisations caritatives ou humanitaires en deuxième année.

S’il s’agit là des deux caractéristiques les plus frappantes de la formation en interprétation de conférence à l’ISIT, l’étude empirique a permis de les compléter et de faire ressortir les spécificités suivantes :

1 - Une approche méthodologique et coordonnée

La formation dispensée à l’Ecole est une formation méthodologique (écoute, analyse, retransmission, communication) déclinée par paire de langues et sens de travail. Les apprentissages sont progressifs et les grandes étapes d’acquisition des différentes techniques d’interprétation (consécutive, traduction à vue et simultanée) sont synchronisées. Au-delà de la très grande diversité de combinaisons linguistiques enseignées (voir point 2 ci-après), une coordination, gage de cohérence de la formation, est assurée. Le dialogue et l’échange entre enseignants sont favorisés par le biais de cours communs et de réunions et ateliers pédagogiques. Les objectifs pédagogiques sont fixés par semestre quelle que soit la combinaison linguistique. Ils sont ensuite déclinés par les enseignants par cours, voire par prestation.

Contrairement à nombre de formations dispensées à l’étranger, l’ISIT consacre toute sa première année à l’apprentissage de la consécutive. Ce choix pédagogique a été fait à la fois pour des raisons didactiques et professionnelles. Didactiques parce que la consécutive permet de saisir les fondamentaux de l’interprétation, l’analyse, la synthèse et la primauté du message sur les mots ; qu’elle facilite le diagnostic quant à la nature des erreurs commises du fait du découpage des différentes phases d’écoute et d’interprétation ; enfin, parce qu’elle rend plus aisé le travail sur la langue cible, le risque d’interférence linguistique à partir de la langue source étant moindre. Professionnelles, parce que les tests et les concours des institutions européennes comprennent des épreuves de consécutive.

Afin d’harmoniser et de structurer l’enseignement de la démarche, un cours transversal de méthodologie consécutive a été mis en place sur l’ensemble du premier semestre. La méthode enseignée suit une chronologie et une progressivité rigoureuse. Elle permet d’aborder les mécanismes en jeu de manière structurée. Le cours, très interactif, se déroule dans un climat de confiance et d’écoute. La qualité de ce cours tout comme la volonté d’inculquer une méthodologie spécifique marque pour beaucoup d’étudiants la différence entre l’ISIT et les autres écoles d’interprétation. Il constitue un atout différentiel.

La traduction à vue est introduite très tôt dans la formation. Elle a pour objet de préparer les étudiants à l’anticipation, à la production d’un discours propre dès le premier jet et, à terme, à la simultanée avec texte.

A côté du travail d’enrichissement de la culture générale et de l’éveil constant à l’actualité qui imprègnent les cours d’interprétation, deux cours transversaux (s’adressant à l’ensemble des étudiants, toutes combinaisons linguistiques confondues) mettent l’accent sur l’économie et la finance.

La deuxième année est consacrée à l’apprentissage de la simultanée, caractérisée par la même progressivité et le même découpage semestriel que la consécutive l’année précédente : acquisition des fondamentaux de la technique au premier semestre ; professionnalisation (discours authentiques, variétés de sujets, d’accents et de vitesse, simultanée avec texte) au deuxième semestre.

Sur le plan des connaissances générales, l’accent est mis en deuxième année sur la consolidation de la culture juridique : droit européen et séminaire consacré à l’interprétation pour les juridictions internationales.

La mise en situation professionnelle est développée par le biais de mock conferences mensuelles, de stages de cabine muette et de bénévolats en tant qu’interprète de conférence pour des organisations caritatives ou humanitaires.

2 - Une palette de langues et de combinaisons linguistiques très étendue

A côté du français et de l’anglais obligatoires, toute langue/combinaison linguistique est envisageable. Cette diversité linguistique, cette offre illimitée constitue une spécificité de l’ISIT rendue possible grâce à la présence à Paris, ou à proximité, de centaines d’interprètes de conférence qualifiés susceptibles de former la relève. C’est ainsi qu’en 2011 – 2012, les langues suivantes entraient dans les combinaisons linguistiques des étudiants (langues A, B ou C) : allemand, anglais, bulgare, chinois, coréen, espagnol, français, hongrois, italien, persan, polonais, roumain et russe.
Cette politique peut nécessiter le recrutement d’enseignants supplémentaires, parfois pour un seul étudiant et requiert une grande souplesse dans la gestion des emplois du temps. Elle présente cependant l’avantage d’adapter l’offre de formation aux demandes de candidats de qualité. La formation est en effet assurée dans les combinaisons réelles des étudiants (ex. : chinois A, français B et anglais C ou persan A, anglais B et français C). Le dépouillement des questionnaires a montré qu’il s’agissait là d’une caractéristique qui avait guidé le choix de nombreux étudiants.

3 - Une durée de formation et une organisation qui donne le temps d’apprendre à faire

Elle est de 2 ans avec possibilité de redoublement et de césure, afin de permettre aux étudiants d’évoluer à leur propre rythme et de combler d’éventuelles lacunes linguistiques. Cette possibilité qui existe tant en première qu’en deuxième année est considérée comme un avantage par les étudiants qui, pour certains, souhaiteraient que la formation soit portée à 3 ans afin d’avoir le temps de se former plus sereinement.

Le nombre d’heures de cours en face à face est limité, à la fois pour laisser toute la place à l’entraînement et au travail personnel et pour tenir compte de la disponibilité des enseignants qui exercent comme interprètes. Les effectifs sont réduits (cours d’interprétation limités à 8 en première année ; 5 en deuxième année), permettant des cours interactifs avec un suivi individualisé des étudiants et, en deuxième année, un accès aux équipements professionnels (cabines).

4 - Des cours et des entrainements où feedback, qualité du relationnel et motivation jouent un rôle clé

Une grande importance est donnée à la motivation et au feedback, thème retenu pour les premiers ateliers de formation des enseignants organisés en interne. L’encadrement et les conseils sont individualisés. La relation entre enseignant et étudiants est une relation de type maître-disciple dont la qualité joue un rôle important dans la transmission du savoir, du savoir-faire, mais aussi du savoir-être. C’est ce lien fort qui permet l’acceptation du feedback et sa prise en compte par l’étudiant.

Le feedback est donné par l’enseignant, formé on l’a vu à cet effet, mais aussi par les autres étudiants, en cours et dans le cadre de l’auto-formation. Les auteurs du projet de recherche ont noté que, lors des entraînements, les étudiants de première année faisaient porter leur feedback presque exclusivement sur le fond tandis qu’en deuxième année, ils s’attachaient à l’intégralité de la prestation (fond et forme).

L’émulation entre les étudiants est également cruciale. Les liens noués pendant les études sont des facteurs de réussite aux examens et, plus tard, d’insertion professionnelle (cf. infra, rôle du réseau). La formation est sélective mais se fait par le biais d’examens, jamais de concours, elle n’oppose jamais les étudiants. C’est en travaillant ensemble avec leur complémentarité que les étudiants augmentent leurs chances de succès. C’est là, le principe de l’auto-formation qui fait partie intégrante de la formation dispensée à l’ISIT. Les élèves « sont formés à s’auto-former ». Cet entraînement intensif (en moyenne, 18 heures par semaine en groupe auxquelles s’ajoutent 20h de travail personnel, d’après les questionnaires et les enquêtes terrain) est indispensable car les techniques d’interprétation s’acquièrent en pratiquant. Il développe en outre le travail d’équipe reflétant ce faisant la réalité professionnelle.

Pour aller au terme d’une formation difficile où la progression n’est pas linéaire et qui fait appel à une grande autonomie de la part des étudiants, la motivation se révèle un facteur décisif. Comme l’énoncent D. Gile[5] and A. Gillies[6], elle doit sans cesse être stimulée (rôle de coach de l’enseignant) et est favorisée par la participation active de l’ensemble des étudiants au cours (prestations, mais aussi brain-storming et évaluations constructives des pairs), les stimuli sensoriels (images, sons…) ainsi que la perception de progrès chez l’étudiant grâce à un cadre de référence et des repères sur le chemin parcouru et restant à parcourir.

5 - Une formation qui s’adapte aux besoins du marché et veille à l’insertion de ses diplômés

C’est ainsi que les combinaisons linguistiques admises à l’entrée et à la sortie évoluent en fonction des débouchés, que la simultanée est dorénavant enseignée de la langue A vers la langue B et qu’il est fait une utilisation croissante des nouvelles technologies au service de la pédagogie : utilisation de banques de discours, utilisation de la plate-forme pédagogique Moodle, notamment pour les cours transversaux, système d’enregistrement et de récupération des discours sources et cibles.

Cette adaptation constante à l’évolution de la demande (interprètes bi-actifs, visio-conférences…) est facilitée par les relations de partenariat nouées avec les organisations internationales, telles le Conseil de l’Europe, l’ONU et les institutions européennes (assistance pédagogique, présence dans les jurys de diplôme, formation de formateurs par les organisations, formations conjointes de jeunes diplômés avec les organisations et formation continue par l’ISIT des interprètes des organisations) et, de manière croissante avec le secteur privé (stages de fin de première année de familiarisation avec le fonctionnement des entreprises, contacts avec les autres programmes de formation de l’ISIT où sont formés de futurs prescripteurs…)

La renommée et le réseau de l’ISIT sont des vecteurs d’insertion professionnelle. Le réseau est constitué à la fois des étudiants, des anciens étudiants, mais aussi des enseignants, tous futurs collègues du jeune diplômé. En outre, les enseignants conseillent et orientent vers les acteurs du métier. Le réseau, né à l’ISIT, se consolide et se développe tout au long de la carrière des diplômés.

Le schéma ci-après met en évidence les liens entre les spécificités phares de la pédagogie à l'ISIT et le résultat qualitatif que la formation procure aux diplômés sur le marché :

image-bordes

 

Ce sont ces fondements de la pédagogie à l’ISIT qui font la force de l’école et sa notoriété. Ils méritaient cependant d’être soumis à l’épreuve des faits et d’être mis en regard des perceptions des étudiants et des enseignants, afin de voir dans quelle mesure ils pouvaient continuer à évoluer.

IV - Les suggestions qui ressortent des questionnaires et les suites qui leur ont été données

38% des étudiants estiment que la durée de la formation n’est pas adéquate et souhaiteraient la voir portée à 3 ans, durée qui leur semble mieux correspondre à la réalité des études. Cet avis n’est partagé que par 9% des enseignants. Outre le fait qu’il s’agit là d’une durée classique pour un diplôme de second-cycle assorti du grade de Master, les autres enseignants et la direction font valoir, à la lumière de l’expérience, que les étudiants ayant les compétences, notamment linguistiques, requises à l’admission et se consacrant à plein temps à leur formation ne nécessitent pas plus de deux ans pour être diplômés et opérationnels sur le marché de l’interprétation de conférence. Les autres profils sont pris en compte grâce aux possibilités de redoublement ou de césure.

Interrogés sur les facteurs de progression, les étudiants placent les conseils des enseignants, professionnels dont ils respectent les critères de jugement, en première position. Ils estiment en revanche que le peu d’heures de cours hebdomadaires en limite les bénéfices, avis partagé par les enseignants, et qu’il faudrait parvenir à un meilleur ratio entre formation encadrée par des professionnels et auto-formation. Les étudiants ont aussi fait part de leurs difficultés à maîtriser la traduction à vue et de leur souhait que cette technique soit abordée dans le cadre d’un cours distinct de celui de la consécutive.

L’ISIT a donné suite à ces deux suggestions dès la rentrée 2012 – 2013, avec la création d’un cours de méthodologie de la traduction à vue au premier semestre, pendant de celui existant d’ores et déjà pour la consécutive, et d’un cours de traduction à vue par sens de travail, distinct du cours de consécutive, au deuxième semestre. Le nombre d’heures global sur l’année a ainsi augmenté de plus de 13 %.

Un cours de méthodologie de la simultanée avec texte sera mis en place à la rentrée 2013 – 2014 au deuxième semestre de deuxième année.

Est également à l’étude l’augmentation de la fréquence de la tenue de mock-conferences qui permettent une mise en situation réaliste des étudiants dans un cadre protégé.

Par ailleurs, afin de lutter contre l’isolement des étudiants ayant des langues peu courantes, les partenariats existant déjà au titre du programme Erasmus sont développés et renforcés dans le cadre de doubles diplômes, celui passé avec la BLCU ayant fait partie des tous premiers en interprétation de conférence.[7]

D’autres suggestions sont ressorties des questionnaires, telle que la mise en place d’un cours de gestion du stress inhérent à la formation et au métier ou l’évolution du cours de prise de parole en public vers un travail sur la voix et les techniques oratoires ciblés sur les besoins des interprètes.

V - Les perspectives

Ce projet est le point de départ de l’analyse qui a permis dans un premier temps de mettre en relief un certain nombre de spécificités qui caractérisent la formation en interprétation de conférence à l’ISIT. Les questionnaires ont fait par ailleurs ressortir des demandes utiles pour l’Ecole qui, pour certaines, ont été satisfaites dès la rentrée universitaire suivante.

Suite à ce premier exercice, il a été décidé d’approfondir et d’affiner la recherche au cours de l’année universitaire 2012 – 2013 en faisant appel à une équipe plus étoffée et plus expérimentée d’étudiants. Ils sont cette année au nombre de 6, dont 3 en deuxième année de Master. L’accent sera mis dans le cadre de cette nouvelle étape sur :

    • la méthodologie (présentation de l’Etat de l’art en s’appuyant sur une bibliographie plus récente intégrant des volets psychologique et didactiques, ainsi que des sources étrangères)
    • le lien entre les fondements théoriques et la pédagogie mise en œuvre à l’ISIT
    • l’impact des récentes innovations introduites dans le programme
    • la différenciation du programme par rapport à des programmes comparables


Il est à noter que les étudiantes qui ont mené à bien ce projet de recherche appliquée ont été frappées par le fait que la recherche en interprétation de conférence est essentiellement l’apanage des interprètes. Elles appellent de leurs vœux une ouverture et un développement de la transdisciplinarité.

 



BIBLIOGRAPHIE - SOURCES

Ouvrages

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Articles

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Documents pédagogiques ISIT

Compte -rendu de la réunion pédagogique du 27 janvier 2012

Objectifs fin S1
Objectifs fin S2
Objectifs fin S3

Grille d’évaluation CC S1
Grille d’évaluation CC S2
Grille d’évaluation CC S3

Règlement admission IC 2011
Modalités passage 2012

Proposition de communication pour The 9th National Conference and International Forum on Interpreting. La pédagogie de l’interprétation à l’ISIT

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AIIC Facebook page (Interpreting the World)

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POLLACK Sydney. L'interprète [DVD]. Paris : Polygram, 2005.

POLLACK Sydney. L'interprète : Bonus : l'ONU : le décor ultime, une journée dans la vie d'un interprète à l'ONU [DVD]. Paris : Polygram, 2005.

BERNET David, BEETZ Christian. La voix des autres : un voyage dans le monde des interprètes =The whisperers =The Flüsterer [DVD]. Paris : K-films, 2005.



1 - PERALDI, Sandrine et Louis-Marie CLOUET (2012). Articulation de la recherche et de la formation à l’ISIT : un atout crucial face aux problématiques interculturelles actuelles. In : Bulletin du CRATIL, n°6, janvier 2012, p.30-35.  [retour]

2 - GILE Daniel. Regards sur la recherche en interprétation de conférence. Villeneuve-d'Ascq : Presses universitaires de Lille, 1995, 276 p. (Étude de la traduction)  [retour]

3 - GILE Daniel. La recherche sur les processus traductionnels et la formation en interprétation de conférence. In : Meta : journal des traducteurs, 2005, vol. 50, n° 2, p. 713-726.  [retour]

4 - DE KETELE Jean-Marie, ROEGIERS Xavier. Méthodologie du recueil d'informations : fondements des méthodes d'observation, de questionnaire, d'interview et d'étude de documents. 4e éd. Bruxelles : De Boeck, DL 2009, 204 p. (Méthodes en sciences humaines)  [retour]

5 - GILE Daniel. L’enseignement de l’interprétation à l’ISIT : suggestions pédagogiques. Paris : ISIT, 1994  [retour]

6 - GILLIES Andrew. Motivation dans l’enseignement de l’interprétation de conférence. In : Actes du Colloque "Didactiques et traduction", CRATIL, novembre 2006. Transversalités, 2007, n° 102, p. 125-130.  [retour]

7 - La Convention de double-diplôme entre la BLCU et l’ISIT sur un Master en traduction ou en interprétation a été signée le 26 octobre 2011. Elle a pour objet la mise en place d’un programme international à même d’accroître la compétitivité des diplômés sur le marché du travail.  [retour]

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