Bulletin n° 15 - mars 2017

Editorial

Louis-Marie Clouet

Cette édition du Bulletin du CRATIL – internationale quant aux auteurs publiés - présente plusieurs contributions qui articulent, voire confrontent la réflexion traductologique avec d’autres disciplines scientifiques.

Partant du cœur de la traductologie et de la pratique du traducteur, Ludovica Maggi reprend et poursuit une réflexion sur l’influence et la délimitation nécessaire entre herméneutique et exégèse en traduction, pour proposer de légitimer l’intervention exégétique du sujet dans le cadre de la traduction littéraire.

Dans le champ des arts et de la littérature, Pascale Elbaz s’interroge sur la « viscéralité des langues » que la traduction doit transmettre : elle montre combien cette dimension est prégnante quand la langue utilise le langage du corps pour dire autre chose, notamment lorsqu’il s’agit de traduire les jugements d’appréciation dans la calligraphie chinoise.

Ilaria Cenamo revisite la question de l’unité de la traduction, qui a été au cœur de nombreux travaux de recherche en traductologie. Cela la conduit à mener une réflexion pédagogique autour de cette notion. Elle présente dans son article une partie des résultats issus de l’expérimentation didactique mise en place dans le cadre de son projet de recherche doctorale, auprès d’étudiants en traduction de l’Université de Gênes et de l’ESIT.

Alicja Okoniewska étudie l’utilisation de l’analyse critique de discours dans la formation des interprètes. Elle s’intéresse en particulier à trois catégories discursives : la métaphore, l’ironie et le démenti, qui présentent un niveau de difficulté pour les interprètes en formation. L’analyse critique du discours peut-être un outil précieux pour initier les jeunes interprètes à des difficultés de compréhension et d’interprétation d’origines culturelles, et permet aux interprètes chevronnés de structurer une compréhension développée par leur pratique.

Dans le champ historique, László Gyapay analyse le débat suscité en Hongrie au tournant du XIXème siècle, alors que la nation hongroise se cherchait une identité notamment par l’élaboration d’une langue nationale. Les rédacteurs d’une grammaire hongroise soutenaient la nécessité d’une norme grammaticale, en revenant aux sources des parlers populaires vierges de toute influence étrangère. A l’opposé, le poète, traducteur et critique Ferenc Kazinczy souhaitait soutenir la vitalité de la langue hongroise précisément en s’autorisant de traduire vers le hongrois les œuvres littéraires françaises et surtout allemandes, et donc à créer de nouveaux termes, de nouvelles tournures de phrases.

Enfin, dans le champ du droit international, Agata de Laforcade s’interroge sur l’intégration de la diversité culturelle dans la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme. La Cour européenne soutient la diversité des cultures comme une source d’enrichissement, mais sans pour autant sacrifier la protection de droits de l’homme au nom du relativisme des traditions nationales. Ainsi, elle est amenée à élaborer également certains standards, minimas qui doivent être respectés par tous les Etats membres. En cela, elle contribue au rapprochement entre les différentes cultures juridiques, en encadrant le pluralisme juridique des Etats membres.

 

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